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A partir de quand est-on écolo ?

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Source Medness

*mini réflexion sur cette écologie à la mode qui oublie parfois d'y accoler la décroissance.

C'est assez marrant comme on hiérarchise les changements à faire dans nos vies pour être plus écolo. C'est un peu comme si chacun choisissait un camp et le trouvait toujours plus "important" que le camp du voisin. Certains revoient leur alimentation, d'autres changent leurs cosmétiques ou s'intéressent à la mode éthique. Certains prônent le zéro déchet, d'autre le végétarisme et d'autre encore le zéro plastique. Bien sûr de nombreuses personnes cumulent les changements, dans des thèmes très divers. Et tant mieux.

Mais le flou de ce qu'on appelle aujourd'hui l'écologie amène aussi un flou dans les réponses apportées à titre individuel. Certains découvrent l'écologie par le biais des scandales sanitaires, des risques alimentaires ou de la santé au sens large. D'autres grâce à un documentaire bien pensé sur la pollution plastique, l'impact de l'industrie de la mode ou l'élevage intensif. 

Il existe une partie de ces personnes qui font des changements radicaux dans de nombreux domaines de leur vie et qui ont vraiment un avant/après la prise de conscience écologique. Mais il y a surtout une très grande majorité de personnes qui se sensibilisent petit à petit, grâce aux nombreuses informations dont on dispose aujourd'hui (surtout plus médiatisées depuis quelques années).

J'appelle ça l'effet COP21. Ce n'est qu'un constat personnel mais 2015 a marqué une vague médiatique sur l'écologie et une prise de conscience plus générale. Les sujets autrefois réservés aux "écolos-hippies" sont devenus populaires, à la mode et, surtout, il est désormais compliqué d'en faire abstraction (certains y arrivent quand même encore vachement bien). J'ai commencé mon post-doctorat sur l'économie circulaire juste avant la COP21 et je devais constamment expliqué ce que signifié ce terme. Un an après, tout le monde avait son avis à donner sur mon sujet d'étude. 

Les changements sont donc plus courants, parfois encore subtils, mais de nombreuses personnes réorientent leur mode de vie en ayant conscience de l'impact qu'il a sur la planète : la consommation de produits issus de l'agriculture biologique, de produits locaux, l'attention portée aux cosmétiques, le tri sélectif, la diminution de la consommation de viande... Aujourd'hui, je croise très souvent des personnes qui "scannent" leurs produits alimentaires ou cosmétiques en magasin, cherchant à obtenir une validation écolo de leurs choix. 

Pour tout cela, les cinq dernières années marquent un changement. Positif dans le sens où l'écologie n'est plus réservée à une élite informée mais se diffuse dans tous les foyers. Mais, sans être négatif, ce changement présente un inconvénient majeur : il perturbe l'essence même de l'écologie (ou plutôt de ce que devrait être l'écologie). 

Entendons-nous bien. Je suis ravie que l'envie de changer son comportement quotidien se diffuse et touche des personnes qui étaient aux antipodes de ces questions. Chaque geste compte, c'est complètement vrai. Mais chaque geste ne vaut que si on est conscient du chemin qu'il reste à parcourir et non si on s'estime "écolo" parce que l'on mange bio ou que l'on a acheté une gourde en inox.

A partir de quand est-on écolo ? 

Je sais bien qu'il n'y a pas de "minimum", de critères à remplir, ni de vérité absolue. Le chemin n'a pas de fin, il est donc difficile de marquer son commencement. Mais l'écologie, ce n'est pas (que) adapter ses gestes non écolos du quotidien. C'est un peu le soucis des sujets à la mode qui créé de nouveaux segments de marché. On nous fait croire qu'il suffit d'acheter différemment : remplacer des objets polluants par des versions durables, acheter sous réserve d'un label reconnu, investir dans des nouvelles alternatives. C'est vrai pour l'essentiel mais cela efface complètement le message initial que sous-tend l'écologie : la décroissance

La décroissance, c'est un concept qui prône la réduction de productions de biens (et de services) afin de préserver l'environnement. C'est le lien direct entre notre consommation et la destruction de nos ressources. Et même sans utiliser des théories économistes, être écolo ne peut se passer d'une réflexion sur la consommation, en terme quantitatif.

Il y a, pour moi, une vraie incohérence entre "l'écologie à la mode" d'aujourd'hui, celle où tout le monde peut se revendiquer "écolo", écrire des articles sur toutes les thématiques de l'écologie...et continuer à consommer de la même manière. Pour résumer, acheter différemment c'est bien - acheter moins, c'est mieux. Vous savez que je tiens plus au concept du "minimalisme" qu'à tous les autres concepts de l'écologie. C'est parce que c'est le seul qui permet de passer des messages complètement cohérents : si tu as besoin d'acheter, fais le mieux (bio, local, made in France, sans pétrole ou sans exploitation animale, etc.). Mais la priorité des priorités devrait justement être de ne pas acheter !

Je sais bien que ce n'est pas la démarche la plus simple. Notre société est construite sur la consommation, à tel point qu'elle se réadapte rapidement à ces questions environnementales en ouvrant de nouvelles parts de marché. L'overdose de produits à disposition - rapidement et à moindre coût - de sollicitations marketing, l'impact des inégalités sociales, l'épuisement des vies professionnelles, font qu'acheter quelque chose, c'est un geste devenu automatique et rassurant. Et que si l'on prends conscience de l'urgence écologique, on ne remet pas systématiquement en question ce geste, que l'on déplace vers des alternatives plus respectueuses de l'environnement. On continue d'acheter autant mais différemment.

Alors, je ne sais toujours pas à partir de quand on peut s'appeler "écolo". Mais je sais que je continuerais à me sentir vaguement mal quand je verrais certains en prendre le terme tout en déballant quantité d'achats quotidiens. Je sais combien le monde nous tente pour acheter, tout le temps, partout, à chaque heure de la journée. Mais peu importe les petits gestes écolos du quotidien si on a pas encore pris en compte notre consommation en terme quantitatif. Elle est là l'incohérence écologique, pour moi, pas dans nos défauts du quotidien (et que tout le monde aime pointer du doigt). Votre voisin fait encore trop de déchet ? Votre copine ne veut pas lâcher son shampoing au pétrole ? Votre mec continue à s'enfiler du saucisson en cachette ? Spoiler : ce n'est pas grave. Chacun ses incohérences, son rythme et ses qualités. Mais consommer comme pendant les Trente Glorieuses, ce n'est plus possible, nos défis sont devant nous, pas dans la victoire d'après-guerre et la fin des restrictions. 

Alors, s'il te plaît, range un peu ta CB. Arrête les déballages de colis quotidiens. Au moins certains jours ou quelques heures. Dis non à ton cerveau qui te fait croire qu'acheter une vingtième paire de chaussures c'est cool. Arrête de cumuler les produits cosmétiques sous prétexte qu'ils sont bio. Ne cours pas acheter la dernière nouveauté pour produire moins de déchets...sans te demander si tu t'en sers vraiment. Ne te lance pas dans l'achat des 12 sachets de poudres ayurvédique si ton shampoing te convient. Sors, respire, plantes des tomates ou re-regarde Friends pour la 17ème fois. Ou écris moi un commentaire tiens, c'est gratuit ;) 

Commentaires

  • Merci pour ton article qui aborde les réflexions dans lesquels je me plonge actuellement pour mon mémoire sur la performance en architecture écologique. Tendre vers la frugalité en est la conclusion même si construire mieux avec moins... c'est (déjà) bien. Minimal mais pas défaitiste donc pour garder l'espoir et rester un ecolo-optimiste !

  • Merci beaucoup pour ton article, c'est toujourd interessant de prendre le temps de prendre du recul. Je me dis que tous ces "petits gestes", la gourde, les sacs à vrac, les cotons réutilisables, sont un bon moyen d'amorcer une réflexion plus globale. J'espère qu'en commençant à changer certaines choses les gens voudront aller toujours plus loin dans la démarche en s'y intéressant de plus en plus. La surconsommation est tellement ancrée en nous que la décroissance est plus facile si elle est progressive, c'est un peu comme une désintox au final. Perso je suis encore en chemin mais ce qui me motive le plus c'est d'avoir la conscience profonde du pourquoi je le fais. Et je trouve hyper gratifiant de redécouvrir la créativité via des activités manuelles ou autre plutôt que de faire un énième achat vide de sens :)

  • Bonjour Julie,
    Merci encore pour cet article bien écrit et cette réflexion ! C'est toujours un plaisir de te lire et surtout très enrichissant !
    Je ne me suis jamais réellement posé la question sur ce sujet fondamental : est ce que tous les gestes "écolos" que j'ai mis en place depuis plusieurs mois maintenant, font de moi réellement quelqu'un d'écolo ?
    Je ne me suis jamais revendiquée écolo et je pense que je ne le ferait jamais. Pour moi, être écolo, ce n'est pas seulement faire des choses dites écologiques, mais bien un état d'esprit en accord avec la planète.
    Tout ce blabla pour dire que sans réelle volonté définie de ma part, en changeant mon regard sur certaines choses pour mieux consommer, consommer plus responsable, j'ai acheté moins et je tends donc vers un peu plus de minimalisme. Les choses se font un peu naturellement si le départ même de cette démarche "écologique" n'est pas lié à la pub que l'on en fait et à cet effet de mode. On y croit ou on y croit pas. Moi je crois que les choses vont changer et que chaque geste compte.
    Sur ce, bonne journée :-)
    Alice

  • J’ai pris conscience de ce que tu as écrit tout récemment. J’ai accumulé des produits bio à foison, des livres de cuisine (zéro déchet, végétarisme,...). Je commence à tout changer depuis janvier. Ne plus vivre avec trop, mais avec ce dont j’ai réellement besoin. En attendant, je désencombre ;)

  • Merci pour cet article passionnant !
    J'ai justement eu un déclic début 2015 comme de nombreuses personnes, et je crois que c'est compliqué, justement par rapport à la culture de la consommation, de ne pas passer par une phase de déplacement de la consommation au moins au début. La curiosité et l'engouement pour un sujet où il y a beaucoup à creuser en termes d'informations n'aide pas: le réflexe d'achat est aussi un moyen de se dire qu'on est sur la bonne voie. J'ai dépensé tellement d'argent en livres de cuisine et ingrédients alternatifs, sans même en avoir vraiment les moyens (le reste, comme les vêtements éthiques, étaient et sont vraiment hors de portée de ma bourse, sauf la cosmétique minimaliste qui a l'avantage d'être accessible); bref, j'ai plongé la tête la première là-dedans et je regrette vraiment de m'être laissée aller à ces frénésies d'achat.
    Ce qui est amusant, c'est que j'ai découvert le mouvement minimaliste la même année et que ça m'a beaucoup parlé, mais le lien avec l'écologie ne s'est pas fait avant un bon moment. Alors que ça me semble être le socle essentiel d'un mode de vie "écolo" désormais.
    Pour autant, même après une prise de conscience, ce n'est pas si facile ! Je peux constater au quotidien que c'est vraiment enraciné dans des habitudes et réflexes et que c'est un travail permanent que de défaire ce qui est le produit d'une très, très longue éducation à la consommation.

  • Un article très intéressant qui aide à amorcer une réflexion sur ce qui est vraiment important, et qui va au delà de notre bonne conscience de sur-consommateur. C’est une question récurrente : à partir de quand fait-on les choses assez bien? Mais, comme tu le dis si bien dans ton article, avant de faire les choses correctement, il est important de savoir pourquoi on les fait. Alors je te remercie de venir développer cette ébauche de réflexion, mais également pour toutes tes publications, toutes aussi intéressantes les unes que les autres, qui m’aident à devenir plus responsable dans ma consommation quotidienne. J’espère avoir la possibilité d’assister très vite à un de tes ateliers!

  • Super article. C'est important d'être en chemin ... Et de ne pas pointer du doigt les incohérences des autres! En tout cas, je garde pour ma part, la réflexion sur les achats qui me semble être utile de se re-poser au quotidien.

  • Merci pour cet article plein de sens qui met le doigt où ça fait mal. Tu as tellement raison. L'écologie n'est juste qu'une nouvelle vague sur laquelle la société surfe pour vendre encore plus. Cette societe de consommation m'obsède. Davantage depuis que je suis sur IG dont les comptes suscitent de nouvelles envies deco pour ma maison (que nous venons d'acheter mon mari et moi). C'est vrai que je veille à manger plus sainement, à remplir mes sacs en tissu de vrac et utiliser des pailles en inox. Je me dis que c'est déjà ça et je suis loin de penser être écolo... pcq j'ai ce besoin de tjs consommer, pcq les sites abondent de merveilles, chaque minute une envie peut germer... stop. STOP. Vraiment il est temps de changer. Merci.

  • Merci pour cet article si clair, qui reflète complètement ma pensée (comme souvent !).
    Pour moi, l'écologie c'est de me détacher petit à petit du statut salarié/consommateur imposé par la société, la roue dans laquelle nous sommes tous en train de tourner! C'est réfléchir à mes besoins, les réajuster pour une vie plus équilibrée, avec plus de sens. En consommant de moins en moins, je suis passée à 80%, pour avoir une journée en plus pour ma fille, mais aussi pour moi, pour profiter, pour lire sur la plage, pour bricoler, jardiner, m'engager dans une association ... C'est parfois difficile de l'expliquer sans culpabiliser. Le rêve serait que mon mari puisse le faire aussi. Nous en avons les moyens financier, mais dans une profession manuelle très masculine, une demande de temps partiel est pour l'instant impossible à envisager. Les mentalités vis-à-vis du travail doivent encore évoluer, et les systèmes de pensées "travailler plus pour consommer plus" bien ancrés ...

  • J'aime beaucoup tes articles ( minimaliste du dressing, la publicité dans le blog, .. Et ce dernier article) . Voilà, c'était juste pour te le dire

  • Merci pour cet article intéressant. Je suis également ravie de t'avoir découvert grâce au groupe Facebook "profession influenceur". Je vais partager ta réflexion de ce pas et venir fouiner un peu plus sur ton blog :)
    Bonne soirée !

  • Punaise mais je dis n'importe quoi... Je te suivais déjà sur Instagram... Hihihi enfin bref ! Merci pour cet article :)

  • Hello. Super article ! Ça me parle tellement ! Acheter des culottes de règle alors que la cup nous convient, acheter des pailles en inox alors qu'on n'utilise PAS de pailles ! Je me questionne aussi beaucoup la dessus, via les réseaux sociaux. Ce n'est pas parce que c'est écolo bio qui faut l'acheter...

  • Un article d'une qualité rare!

    Merci pour tout ! Le fond et la forme!
    Je me demandais si j'étais la seule à penser que la mode ecolo était en train de dissoudre le message écologiste dans une avalanches de produits zd tendance.
    Merci merci
    Et c'est vrai, stop les unboxing bio ou les haule bio chez biocoop. Faites gaffe aux label et consommez seulement le nécessaire

  • Bel article, tant sur la forme que sur le fond, j'adhère totalement :)
    La décroissance et le minimaliste sont, avec le véganisme, deux thèmes qui me tiennent particulièrement à coeur et sans lesquels il ne peut rien se passer en effet.

    Tu as tout à fait raison sur le fait que mieux acheter ne suffit pas, il faut vraiment penser chacun de nos éventuels achats avant de sortir la monnaie, au moins une fois sur deux nous n'en avons pas besoin ou bien nous pouvons le trouver d'occas ...

  • Excellent article. Il est vrai que pour certains etre ecolo c'est etre "PLUS" ecolo alors qu'en fait il vaut mieux comprendre les effets de cette societe de consommation pour mieux la contrer. Bref, merci.
    -- Em

  • Merci beaucoup pour cet article qui résume complètement ma pensée ;) Récemment, je me demandais ce qui faisait qu'on était écolo, à partir de quand ? Est ce que l'on peut se dire écolo en prenant l'avion, en allant au macdo, en mangeant de la viande, etc. Et puis, je suis arrivée à la conclusion, que ce qui définissait quelqu'un d'écolo, c'était plutôt un mode de vie "cohérent", un mode de vie qui aspire à la sobriété sur tous les aspects de la vie ...
    Et même si je suis très heureuse que l'écologie soit un sujet de plus en plus abordé dans la société, j'ai un peu peur que l'on oublie l'aspect global de l'écologie : la sobriété... Depuis quelques temps (mois... au plus un, deux ans), j'ai l'impression que l'écologie "visible" dans les médias / les pubs / les réseaux sociaux passe par un nouvelle consommation certes ... mais une consommation quand même. Complètement antinomique avec son sens profond...

  • Tu soulèves des points très intéressants dans cet article. Vivre de manière plus écologique est mon but pour cette année et j’ai trouvé pas mal de pistes en te lisant. Merci pour le partage.

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