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Ecologie

  • L'impact écologique du sapin de Noël

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    sapin,noel,analyse du cycle de vie

    La question de l'impact écologique du sapin de Noël m'occupe l'esprit depuis plusieurs Noël (pour certains c'est la paix dans le monde, moi c'est l'impact du sapin, on ne juge pas ok?). Grande adepte d'un véritable sapin, je suis passée au sapin artificiel quand j'ai eu ma fille et quand je me suis retrouvée en appartement où chauffage et vrai sapin ne faisait pas bon ménage. J'avais déjà envisagé cette option quand ma lapine passait son temps à manger mon sapin et que ma vétérinaire m'avait informé que c'était toxique pour elle (pour ma décharge, elle avait l'air immunisée et a vécu 6 ans dans la joie et la bonne humeur. Mes sapins de Noël moins par contre).

    Mais ce fut vraiment à contre coeur, j'aime l'odeur et la chaleur d'un vrai sapin. Je rassurais l'écolo qui sommeille en mois en me disant qu'en gardant plusieurs années mon sapin artificiel, je réduisais son empreinte écologique. Et puis, un élevage intensif de sapin pour une utilisation si éphémère, ça ne pouvait pas être une solution tout à fait écolo non plus ?

    J'ai posé la question sur Instagram récemment : d'un point de vue environnemental, vaut-il mieux un sapin véritable ou artificiel ? Le résultat a été très légèrement en faveur du sapin naturel. J'ai aussi demandé les choix personnels et j'ai été surprise : égalité entre les deux alors que les statistiques laissent penser que plus de 80% des français optent pour un sapin naturel (mais personne n'a dit que mes abonnés étaient un panel représentatif).

    Du coup, je me suis dit que je n'allais pas vous laisser comme ça et qu'on allait fouiller un peu l'impact écologique des sapins de Noël !

    Petit avant-propos "sapin DIY" : évidemment, la meilleure solution est de fabriquer soi-même son sapin, avec des branches, du bois, des planches de récup, etc. L'impact écologique est évidemment très réduit dans ce cas. Néanmoins, la majorité des personnes n'est pas encore prête à se passer d'un sapin vert, cet article a donc pour but de viser le plus grand nombre. Bien sûr, si l'idée vous tente, opter pour un sapin DIY à garder toute sa vie ♥

    Les quelques a priori sur les sapins de Noël

    Quand on se demande l'impact écologique d'un sapin de Noël, on réfléchit évidemment à partir de notre propre expérience et de nos idées sur le sujet. J'ai listé tout ce que je pouvais sortir de cette réflexion et vous verrez vite que j'ai eu besoin de fouiller un peu plus le sujet :

    - un sapin artificiel est en définitive un déchet, en plastique a priori non recyclable. Et le plastique, ben c'est pas fantastique.

    - un sapin naturel a contrario c'est forcément biodégradable non ? Donc pas de déchet ultime.

    - enfin, ça dépend aussi de ce qu'on fait de son sapin après les fêtes non ? Il devient quoi mon sapin après Noël ?

    - la production du plastique du sapin artificiel fait nécessairement appel à quantité de produits chimiques, énergie, eau et transformation du pétrole.

    - l'élevage d'un sapin naturel pourrait être biologique donc sans pesticides ?

    - mais une très grande majorité des sapins sont élevés à coût de pesticides, dépenses d'eau et utilisation des sols pour...un mois de joie dans le foyer (j'sais pas, on pourrait planter des patates douces plutôt non, j'adore les patates douces).

    - est-ce qu'un sapin naturel capture du CO2 et donc aura un effet positif pendant sa croissance ?

    - combien de temps en moyenne on conserve un sapin artificiel ? Parce que si nos parents ou même grands-parents les conserver de longues années, j'ai l'impression que ça sera moins le cas de nos jours.

    Bref, toute seule, impossible de départager les sapins de Noël, il me manque des données essentielles sur leur consommation de CO2, leur durée d'utilisation, leur provenance... Mais vous savez quoi ? Dans la vie, il y a pleins de gens compétents et on trouve maintenant des études d'impact environnemental ou de cycle de vie d'un produit ! 

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    Les études sur le sujet

    La principale étude sur les sapins de Noël est une analyse du cycle de vie. L'ACV est une méthode d'analyse du développement durable qui permet de prendre en compte l'ensemble des impacts environnementaux d'un produit de sa conception à sa fin de vie. Et l'analyse sur les impacts est générale c'est à dire qu'elle prend en compte la santé humaine, l'épuisement des ressources, les émissions de CO2, etc.

    L'analyse a été menée par un cabinet de conseil en développement durable canadien, Ellipsos L'étude portait sur un sapin artificiel gardé 6 ans (la moyenne en Amérique du Nord) et sur un sapin naturel faisant 150km de transport.

    Pour lire leur analyse (en anglais) : Comparative LCA of artificial v. natural Christmas tree

    Et pour les autres, breaking news : le sapin naturel est plus écologique que le sapin artificiel, avec quelques nuances !

    Sur la santé humaine : un sapin artificiel est un charmant cocktail de plastique, d'aluminium, de peintures toxiques mais surtout des composés volatiles comme la dioxine, le dichlorure d'éthylène, ou encore les microparticules de plomb contenus dans les fausses épines. Bref, que des trucs pas sympa à respirer pendant un mois minimum ! Avantage : sapin naturel 

    Sur la consommation d'énergie et de ressources pendant la production : c'est quasiment équivalent pour les deux types de sapin. Et oui, un sapin naturel c'est quantité d'eau, d'énergie et d'épuisements de sols nécessaires qui limitent un peu son côté écologique. Evidemment, le sapin artificiel est lui aussi consommateur d'énergie et de matières premières polluantes. Egalité sapin naturel/sapin artificiel.

    Sur les émissions de CO2 : c'est là que la différence bascule réellement puisqu'un sapin naturel participe à la captation du CO2 comme tous les végétaux, à la différence du sapin artificiel qui lui participe directement aux émissions de CO2. La phase de fabrication est donc la grande différence entre les deux : un sapin naturel de 150 cm aura en moyenne contribué à capter 3 kg de CO2 dans l'atmosphère. Et en arrivant chez vous, le sapin naturel aura consommé 3kg de CO2, contre plus de 8kg pour le sapin artificiel. Et évidemment, ce chiffre varie en fonction du lieu de fabrication : si vous prenez un sapin artificiel fait en Chine contre un sapin naturel local, la différence explose ! Avantage : sapin naturel !

    La seule manière de rétablir le bilan est de comparer un sapin naturel avec un sapin artificiel conservé au minimum 20ans...on en est loin !

    Petite précision sur la fin de vie des sapins naturels : les chiffres sont à prendre avec précaution, déjà parce qu'il s'agit d'une étude nord-américaine. En France, 80% des sapins naturels achetés sont made in France, donc avec un transport moindre. Mais aussi parce qu'il y a des paramètres variables à prendre en compte : si vous brûlez votre sapin après Noël, vous réduisez à zéro son bénéfice "captage du CO2" (en d'autres termes, vous remettez direct dans l'atmosphère ce qu'il a capté pendant sa croissance). Pour qu'un sapin naturel soit plus écologique, il faut prendre en compte sa fin de vie : soit le recycler (en général, ils sont broyés pour nourrir ensuite les sols) ou le composter.

    Précision sur les chiffres : l'étude canadienne est une analyse du cycle de vie, c'est une méthode d'analyse particulière. Ils ont pris pour base un sapin artificiel d'une durée de 6 ans (la moyenne), pour la remettre ensuite sur 1an afin de la comparer à un sapin naturel coupé. Le bilan carbone prend la totalité de la vie de ces sapins : production, transport, énergie, recyclage, captation du Co2... Les chiffres de 8kg pour un sapin artificiel ne signifie qu'il émet 8kg de CO2 pour un an (et qu'il serait donc plus intéressant au bout de 3 ans, comparé à un sapin naturel qui émet 3kg par an). En réalité, un sapin artificiel émet 48,3kg (sur la tranche des 6ans).

    sapin,noel,analyse du cycle de vie

    A lire sur le sujet :

    - comment bien choisir son sapin de Noël

    - sapin naturel ou sapin artificiel 

    - une analyse très complète sur le sapin de Noël

    sapin,noel,analyse du cycle de vie

    Bien choisir son sapin de Noël

    On l'a compris, si on veut un sapin vert, on le choisit naturel. Mais on le choisit consciencieusement : choisir un producteur certifié forêt durable comme l'Association française du Sapin de Noël naturel ou France Sapin Bio (qu'on peut même faire livrer). On cherche s'il n'y a pas des producteurs locaux autour de chez nous.

    Et si jamais vous aviez un sapin artificiel et que je vous ai complètement dégouté (je le suis aussi, pas d'inquiétude), ne jetez pas n'importe où votre sapin et déposez le dans des points de revente ou de dons pour les plus démunis. C'est pas le mieux mais tant qu'il est là, il vaut qu'il serve à ceux qui ne peuvent s'offrir un sapin naturel.

    Par contre, si vous souhaitez le replanter chez vous, je vous préviens, c'est très compliqué d'arriver à maintenir son sapin en extérieur après de longues semaines dans un environnement chauffé. Et si par magie il se plaît, n'oubliez pas qu'un sapin...ça devient énorme! Pour tous les services de location du sapin, il ne faut oublier le bilan carbone du transport (aller-retour) souvent énorme. 

    Ensuite, faites attention au recyclage de votre sapin et préférez les solutions où le producteur récupère votre sapin pour le broyer ensuite.

    Enfin, n'oubliez pas qu'un sapin plus écologique c'est aussi un sapin qui ne dépense pas la consommation d'électricité du Danemark pendant 1 mois ! On opte pour des guirlandes d'ampoules à LED.

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    Pour en lire davantage, direction le site Un Noël écolo

  • Pardon, je pollue

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    J'ai changé d'activité professionnelle, ce qui me permet de beaucoup moins prendre la voiture. D'ailleurs, on s'est séparé d'une voiture, pour n'en garder qu'une, changée aussi pour un modèle à l'essence. On prends beaucoup plus le bus ou le vélo. 

    Je ne mange presque pas de viande. Je ne suis pas entièrement végétarienne (vous savez les étiquettes et moi...) mais l'alimentation à la maison est quasi-végétarienne. Ma fille a même choisi (seule) de passer au menu végétarien à l'écolo.

    Je ne voyage presque pas en avion. Je m'étais limitée depuis des années à un voyage à l'année, souvent pour Paris, parce que le train ne permet pas de faire l'aller/retour dans la journée depuis chez moi. Le grand vient en train à chaque vacances. Si on a pas décidé de ne plus jamais voyager en avion, on est de toute façon pas dans la catégorie "on voyage à l'étranger chaque été". On habite la plus jolie région de France (#teamchauvine) et on part souvent en Provence dans ma famille. C'est pas toujours simple de se déplacer autrement quand on habite dans le sud-ouest mais dans tous les cas, on limite les vols longs-courriers.

    A côté de ces "grands" points (auxquels il manque la banque et notre fournisseur d'énergie), on mange évidemment local et de saison, on réduit de façon importante nos déchets, on utilise peu de cosmétiques, on chauffe peu, etc. 

    Pourtant, je pollue encore énormément.

    pollution,  numérique

    Le poids de la pollution numérique

    Je travaille essentiellement sur ordinateur et sur mon smartphone. J'ai réduit l'impact "nouvel objet numérique" puisque je ne suis pas du style à acheter le nouvel iphone qui sort et que mon ordinateur a 10 ans, il est passé par un changement de disque dur pour retrouver un peu de vitalité. 

    Par contre, je ne travaille que grâce au numérique. Je reçois des dizaines de mails par jour et j'en envoie autant. Je stock des fichiers, des images, des vidéos... J'utilise le Cloud, gère des réseaux sociaux...

    Difficile de savoir précisément l'impact de mon activité en terme d'émission CO2 ou d'effets sur l'environnement mais les chiffres de la pollution numérique sont hallucinants.

    • Le numérique représente 5% des émissions carbones mondiales (pour un secteur en constante croissance).
    • Mon ordinateur représente l'équivalent d'un vol Paris/San Francisco
    • Un salarié émet en un an l'équivalent de 360kg d'équivalent Co2.

    Nos mails, le stockage de nos données et nos recherches sur internet génère une quantité incroyable de CO2 mais consomme aussi beaucoup d'eau, d'énergie ou de ressources naturelles.

    Pour plus d'infos sur le sujet : lire l'infographie de QQFait  ou le dossier La face cachée du numérique de l'Ademe.

    Sur Instagram, je vous conseille le compte de C. L'air du temps qui ont fait une chouette storie (a la Une) sur la pollution numérique.

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    Ma pollution numérique me rend humble (ou bienveillante ou un peu moins relou, au choix)

    L'objectif n'est pas de vous faire un cours sur la pollution numérique, ni de vous donner des astuces pour la limiter, on aura largement le temps d'y revenir.

    Le but de cet article est de remettre les choses en perspective. 

    Toutes les personnes militants, parfois durement, pour certains aspects de l'écologie (viande, avion...) n'aiment généralement pas du tout qu'on leur signale qu'ils polluent autant avec leur activité numérique. La réponse avancée est généralement "oui mais c'est mon job, c'est plus facile ne changer autre chose" ou encore "je compense cette pollution en étant utile pour sensibiliser les gens". 

    Ce sont des arguments complètement valables et ce sont aussi une partie des miens. Je ne pourrais actuellement pas me passer d'ordinateur ou de smartphone. Et j'estime les utiliser pour sensibiliser, bien plus que pour mon propre plaisir ou pour une activité in fine négative pour l'environnement.

    La seule différence, c'est que j'ai conscience de cet aspect de ma vie. Je sais que je pollue énormément à cause de mon activité et que diminuer la viande ou ne pas prendre l'avion cette année, ne compense pas mon bilan. Je n'ai pas de "cheval de bataille", j'aime vous parler de nombreux sujets différents et si je peux sensibiliser certaines personnes sur des aspects différents, ça me va parfaitement. 

    Mais le "cheval de bataille" est de plus en plus répandu, il faut faire ça ou ne plus faire ça (en majorité l'avion ou le zéro déchet ou la composition des produits). Le moindre écart est jugé sévèrement parce qu'on s'écarte de la "solution". 

    C'est faux, il n'y a pas UNE solution. Peu importe ce que je fais (ou ne fais plus), mon activité ici sera toujours un gros point noir dans les émissions carbones que je cherche à réduire à côté.

    Certains prônent le droit à "culpabiliser" pour faire changer. D'une part, ça ne fonctionne pas, il suffit de leur demander pourquoi ces personnes ne faisaient pas tout ça auparavant...alors que toutes les infos qu'elles prônent étaient déjà partout. Simplement parce qu'il existe "un moment et une manière" pour que notre cerveau accepte un message qui nous dérange (c'est de la science cognitive, pas du blabla de personnes qui veulent se déculpabiliser. C'est triste de les voir vanter la véracité des messages scientifiques en écologie et les nier sur le comportement humain). D'autre part, ça occulte toujours une grande part de leurs propres paradoxes, notamment envers l'utilisation numérique.

    Bien sûr que j'aimerais que les gens mangent moins de viande, prennent moins l'avion, arrêtent d'acheter des cosmétiques polluants, arrête le plastique à usage unique... Mais la planète, elle aimerait bien que j'arrête mon activité numérique, alors on fait comment ? On juge les autres pour ce que l'on ne peut pas faire nous même ? 

    Bref, je pollue et je n'ai pas de solution pour remédier à ça. Alors, je sais que tu pollues aussi, peut-être que pour l'instant, tu n'as pas de solution à ta pollution non plus ?

  • Les étiquettes

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    étiquettes, réflexion, écologie

    C'est drôle ce concept d'étiquettes. On en trouve partout, pour tout et chacun à une idée sur l'étiquette de l'autre. 

    Il y a des tonnes d'étiquettes dans la vie en général mais prenons les exemples qui me parlent : 

    - être zéro déchet

    - être végétarienne

    - être féministe

    - être minimaliste

    - être écolo (sans aucun doute la meilleure celle-là)

    - être optimiste

    - être bienveillante

    - ...

    Je suis souvent mise sous l'une, l'autre ou toutes ces étiquettes (et toi aussi sans doute). Et le principe d'une étiquette, c'est que soit tu y colles, soit tu dois y renoncer. L'étiquette est censée te définir, comme la couleur de tes yeux ou la taille de tes pieds. Elle ne supporte pas de concessions, de défauts, d'approximations.

    Et le problème de l'étiquette, c'est qu'on ne sait jamais trop comment elle arrive. Parfois, tu te la colles toi-même "je suis féministe", parfois on fait un raccourci entre tes actions et une étiquette, "tu réduis tes déchets ? Tu es zéro déchet". Mais bien souvent, l'étiquette arrive, sans qu'on y fasse attention et sans trop savoir comment. 

    Le problème de l'étiquette, ce n'est pas le fait qu'elle existe mais le fait qu'elle nous enferme.

    Se dire féministe, écolo, zéro déchet, végétarienne...c'est une façon de s'affirmer et de faciliter les rapports sociaux. Au restaurant, dire que vous êtes végétarien(ne) permet d'afficher clairement que vous ne mangez pas d'animaux et qu'il faut vous proposer un plat en conséquence. C'est quand même plus simple que de dire "alors, j'aurais besoin de précision parce que l'impact écologique de l'élevage intensif compte beaucoup pour moi, je ne veux plus participer aux conditions d'élevage et d'abattage des animaux et puis, j'essaye de ne plus faire de spécisme....vous me proposez quoi ?"...!

    Et ça vaut pour toutes les étiquettes. En général, c'est plus simple, plus rapide et même plus "engagé" qu'un long monologue. 

    Mais les étiquettes nous emprisonnent. Non pas par leur simple existence mais parce qu'en réalité, chacun a sa définition et ses frontières de ce à quoi correspond une étiquette. Et en général, l'étiquette ne supporte pas d'approximations, d'exceptions, de demi-mesure. C'est du tout ou rien !

    En creusant un peu, on se rend compte qu'une grande majorité des personnes confondent l'étiquette, l'image qu'ils en ont et les actions qui doivent en découler. Être féministe ne signifie rien d'autre que le fait de prôner l'égalité homme/femme dans tous les domaines de la vie. Mais être féministe s'exprime avec une grande variété d'actions, de pensées ou de mécanismes. Et surtout, être féministe ne préjuge en rien du comportement de la personne qui se revendique (ou non) sous cette étiquette. Autrement dit, tu peux être féministe et mettre du vernis à ongles.

    Autre exemple, tu peux te ranger sous l'étiquette ZD parce que tu es attachée à produire moins de déchets et à trouver des solutions plus durables au quotidien. Mais l'étiquette ZD ne préjuge en rien de l'étendue de ton comportement au quotidien, de ton niveau de "gestion des déchets" ou encore de ton mode de vie. Autrement dit, tu peux avoir l'étiquette ZD et acheter un produit avec emballage.

    On confond ainsi des combats, valeurs, principes que l'on souhaite mettre en avant, revendiquer, porter, exprimer, approfondir...avec un mode de vie prédéfini. Or, par définition, les modes de vie diffèrent et changent au cours même de la vie. Les étiquettes ne signifient pas un taux d'accomplissement de 100% puisqu'il serait impossible de savoir sur quoi baser ce 100%. Être 100% ZD, c'est quoi ? Être 100% écolo, féministe, etc. ?

    Autre soucis, les étiquettes arrivent même sur nos "caractéristiques physiques ou psychologiques". Alors certes, si tu as les yeux bleus, tu as les yeux bleus, toutes nos caractéristiques physiques difficilement modifiables sont rarement concernées. Mais il en va différemment de ce qui changeant : la nature des cheveux, le fait de se maquiller ou non, le style vestimentaire, etc. Exemple typique des méfaits des étiquettes : j'ai les cheveux bouclés et j'aime en parler, montrer comment les accepter, les coiffer...mais ça ne veut pas dire que je renie quelque chose si je les attache ou, pire, si je les lisse ! Vous n'imaginez même pas le nombre de messages de "déception" que je reçois sur instagram quand je parle avec les cheveux lisses. Sans le vouloir, on m'a collé l'étiquette "curly" et je ne devrais pas en sortir. Idem pour la case des étiquettes psychologiques : avoir l'étiquette "optimiste" t'empêche souvent le moindre coup de mou ; ou la case des étiquettes vestimentaires : avoir l'étiquette "casual" te collera à la peau si un jour tu mets une tenue chic...

    Enfin, la plus complexe des étiquettes est celle de "l'écolo". A mon sens, le terme est bien trop large pour être une seule étiquette mais, là encore, pour des raisons de facilité dans la vie courante, on se colle souvent soi-même cette étiquette, à partir du moment où notre impact écologique a une importance pour nous. Cependant, comme elle est trop, on colle rarement à la définition de notre/nos interlocuteur(s). Pour cocher toutes les cases de l'étiquette écolo, il faut se lever tôt : être ZD ; végétarien ; à la mobilité douce (sans voiture, sans avion) ; acheter bio, éthique, local ; avoir un job à impact positif...bref je pourrais continuer encore longtemps.

    Les étiquettes, c'est pratique dans la vie de tous les jours et c'est même nécessaire pour porter plus fort ses valeurs, mais c'est une sacré prison qui nous fait culpabiliser, cacher certains comportements, se critiquer les uns les autres, abandonner certains principes... Il est impossible d'éviter les étiquettes, phénomène classique de l'être humain qui a besoin de tout ranger dans des cases. Mais on pourrait essayer de distinguer l'étiquette du comportement, ou plus justement, l'étiquette de la valeur d'un être humain.

    Vous avez une étiquette vous ?

  • Les dérives du marché de l'occasion

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    Le marché de l'occasion est en plein essor. Les sites de vente d'occasion ne cessent de se multiplier et les géants du secteur attirent déjà des millions de visiteurs chaque année. Selon plusieurs études, un tiers de consommateurs ont acheté un vêtement d'occasion en 2017. D'une manière générale, la dynamique de ce secteur tient à la prise de conscience écologique ainsi qu'aux économies que permettent les achats d'occasion.

    D'un point de vue écologique, se tourner vers l'occasion plutôt que d'acheter systématiquement des objets ou vêtements neufs est une très bonne idée. Acheter de seconde main permet de ne pas générer une nouvelle production, d'éviter des déchets et de favoriser l'économie collaborative.

    Pourtant, l'idéologie derrière ce nouveau marché est loin d'être aussi simple, notamment pour les vêtements. Il y a encore peu d'études sur le sujet et donc peu de chiffres. Mais on connaît les nombres de ventes annuelles en occasion et on sait que c'est un marché à la croissance très rapide. Alors, quand tout le monde sacralise l'achat d'occasion, pourquoi est-ce que je vous parle de dérives ? 

    Un modèle bancal

    On le rappelle peu mais si ce marché est en plein essor, c'est surtout parce que notre modèle de société a crée la "fast-fashion" et la surconsommation de biens matériels. La mode est devenue jetable et éphémère. Désormais, on porte un nouveau vêtement en moyenne 35 jours dans sa vie.

    C'est donc parce qu'il y a des millions de vêtements non portés que l'offre est gigantesque. Le marché de l'occasion est ainsi un marché parallèle qui n'existe que parce que le marché de la surconsommation est encore aussi vivace. On peut trouver des milliers de pulls d'occasions parce qu'on en achète encore des milliers de pulls neufs !

    Certes, l'achat d'occasion est censé reporter sur cette filière un acte d'achat neuf. L'objectif serait ainsi, à terme, de faire diminuer les achats neufs afin de baisser les nécessités de production. Mais non seulement cet objectif est forcément réalisable sur un très long terme mais il est loin de se vérifier.

    L'occasion fast-fashion

    Vendre d'occasion devient parfois un moyen de racheter plus rapidement de nouveaux vêtements ou de se déculpabiliser d'un mauvais achat.

    La nouvelle publicité pour le célèbre site de vente d'occasion résume parfaitement la situation : "vends ta robe aussi vite que tu changes de style". L'occasion devient un marché de surconsommation parallèle, pour acheter tout autant, à moindre coût et sans culpabiliser.

    Comme l'occasion a "bonne presse", on arrive plus facilement à acheter des vêtements ou objets non nécessaires, renforcé par les prix attractifs du secteur. Et si jamais l'achat est une erreur, ce n'est jamais grave puisqu'on pourra le revendre sur le même site. Il est très compliqué de trouver des chiffres sur ce type de dérive mais il est évident que les sites d'occasion ont ouvert un nouveau mode de consommation, pas forcément plus durable. Si un vêtement reste dans la boucle de l'occasion, l'impact sera minimisé. Il est complètement mis à mal si la revente de vêtements d'occasion a pour objectif d'acheter plus de neufs, tout aussi peu durables pour les revendre ensuite. Les sites d'occasion deviennent un marché parallèle où l'offre et la demande constante ne sont pas forcément au service de l'écologie.

    Production de déchets

    Ensuite, la production de déchets générée par les achats d'occasion est sans aucun doute largement sous-estimée. Tout utilisateur d'un des sites d'achats d'occasion a sans doute fait l'expérience de la quantité astronomique d'emballages utilisée par les vendeurs. La réutilisation et l'optimisation des colis sont loin d'être toujours un réflexe. Certains vendeurs réalisent tellement de vente qu'ils sont obligés d'acheter de nouveaux emballages, n'optimisent pas forcément l'espace ou sont loin de privilégier les échanges en local. 

    Enfin, à cela s'ajoute l'incroyable voyage que l'on fait vivre à nos vêtements, d'un bout à l'autre de la France, parfois plusieurs fois, rajoutant des points au bilan carbone déjà lourd de l'industrie de la mode. Il serait extrêmement complexe à calculer mais un vêtement d'occasion qui repasse plusieurs fois sur un site de vente pour être vendu dans des villes différentes a évidemment un impact en terme de transport. 

    Alors, on arrête d'acheter d'occasion ?

    Non évidemment ! Acheter d'occasion reste un bon réflexe mais, comme pour tout, il ne faut pas oublier que l'écologie ne prône pas en priorité "d'acheter différemment" mais bien "d'acheter moins".

    Avant un achat d'occasion en ligne, il est bon de se demander si on aurait acheter le même article au prix neuf, si on l'achète pour répondre à un besoin, etc. De mon avis strictement personnel, il est impossible de se lancer dans la vente/achat d'occasion en ligner sans avoir déjà fait un petit cheminement dans le minimalisme, notamment pour les vêtements. L'idée est alors de chercher en priorité des choses dont vous avez besoin et non d'aller sur les sites à la recherche d'une bonne occasion. Et de toujours privilégier des achats durables (matières, qualité...) qui correspondent à votre garde-robe. 

    N'hésitez pas de demander au vendeur si vous pouvez faire un échange en direct ou s'il peut optimiser le colis.

    Enfin, n'oubliez pas que l'on peut acheter beaucoup de choses d'occasion...localement ! Les vide-greniers, dépôts-vente, Emmaüs, proches, etc. Cela limite les emballages, le transport et vous permet de voir en vrai ce que vous achetez. N'oubliez pas aussi que revendre d'occasion, c'est bien, mais qu'il est tout aussi bénéfique à la société de donner à des associations qui en feront un bon usage. 

    Pour finir, une petite note d'humour, si vous ne connaissez pas, je vous conseille le compte Instagram @lescassescouillesdevinted, recueil incroyable des perles du célèbre site.

    *cet article reprend ma chronique dans la République des Pyrénées, que vous pouvez retrouver après parution sur le blog

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