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  • L'Affaire du siècle (mais pas la meilleure communication juridique du siècle)

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    Expliquer simplement des choses complexes et à contre-courant, c'est loin d'être facile. J'ai réécris des tonnes de fois cet article, jusqu'à ne plus rien comprendre ! Finalement, j'ai tout effacé et je me suis lancée en version plus brute.

    L'Affaire du siècle. Rien que le nom m'a mis la puce à l'oreille. Les tonnes d'articles de presse sortis dans les premières 48h m'ont définitivement convaincue d'aller un peu plus loin que la vidéo tournant en boucle sur l'ensemble de mes réseaux sociaux. Au début, j'ai pensé que l'idée étant chouette, les explications plus "justes" ou plus "mesurées" arriveraient rapidement. Mais ça n'a pas été le cas et c'est encore assez rare.

    J'ai beau avoir dit "je ne suis plus juriste", je n'ai pas non plus fait une amnésie. Quand des tonnes de blogueurs, journalistes ou autres, communiquaient sur "les ONG ont fait un recours juridique contre l'Etat", c'est plus fort que moi, j'ai communiqué pour préciser quelques points juridiques (le juriste a beaucoup de mal à ne pas se mêler de tout, saches-le). Et finalement, il y a eu plusieurs réactions sur ce manque d'information et je me suis dis qu'un petit point ici serait plus pertinent que sur Instagram ! 

    Petit point préalable : je ne suis pas "contre" la pétition, ni contre la remise en cause de l'inaction de l'Etat en matière climatique (et bien d'autres d'ailleurs). Je reproche essentiellement à "l'affaire du siècle" d'avoir opter pour une communication qui entretient les malentendus et les approximations...pour faire le buzz dont elle n'avait pas besoin. C'est un peu la traduction du "tous les moyens sont bons", tant que la conclusion est positive (et aussi vendeuse que l'écologie), peu importe les mots, les raccourcis...et les conséquences. On remet en cause quantité de marques, entreprises, célébrité...mais on perd tout sens critique dès qu'on parle d'écologie. C'est aussi le symbole de l'instantanéité sur les réseaux qui fait qu'on partage souvent sans avoir même avoir le lien (ni lu a fortiori).

    Bref, j'avais envie d'écrire sur l'Affaire du siècle !

    La stratégie de communication

    J'entre par la "petite" porte. Cette critique n'en ai pas vraiment une, c'est davantage un point de vue perso. Mais je n'adhère pas du nom à la stratégie de communication qu'il y a derrière l'affaire du siècle.

    - le nom : l'affaire du siècle, je suis désolée, c'est très présomptueux. C'est un avis purement personnel mais le climat c'est "le sujet du siècle", pas une affaire juridique. Quand on regarde les "affaires" les plus célèbres du siècle dernier, qui peut avoir la vérité sur ce qu'il en sera pour notre siècle ? Bref, c'est une simple question de nom mais pour moi, c'était déjà mal parti. C'est comme la crème "miracle", j'ai une légère tendance à me méfier de ces termes. Mais on peut aussi se dire que c'est une stratégie pour attirer l'attention et faut bien avouer que ça fonctionne.

    - la communication : le site internet, la vidéo, les célébrités, la stratégie de partage via les blogueurs ou youtubers, le matraquage sur l'ensemble des réseaux sociaux... Je comprends l'idée derrière cette stratégie. L'enjeu est important, la communication doit l'être aussi. Pourtant, ça me fait l'effet d'un mauvais partenariat qu'on retrouve simultanément sur tous les réseaux sociaux. Ce "matraquage" me fait l'effet de la publicité juvamine qui tournait en boucle... Pour moi, c'est une méthode de communication un peu dépassée, qui pousse les gens au "like" sans lire quoique ce soit (combien de personnes ont lu le courrier envoyé avant de signer? ou même juste le communiqué de presse) et qui oublie bien trop d'expliquer et de nuancer.

    Je caricature un peu (et j'y vais fort!) mais vous voyez l'idée derrière ?

    Et évidemment, une telle stratégie de communication a eu un effet immédiat dans la presse : en deux jours, les articles se sont multipliés, reprenant les termes approximatifs ou les erreurs juridiques...sans se poser de questions. Je ne compte plus le nombre de médias - des plus discrets au plus généraux - qui ont titré : "recours contre l'Etat " ou "des ONG poursuivent l'Etat en justice"...sachant que ces deux phrases sont fausses...

    Enfin, un dernier mot sur cette stratégie de com : faire passer l'écologie pour quelque chose de cool et de simple. Tout dans le site web ou la vidéo est fait pour que l'on signe : les célébrités qu'on aime, les youtubers cool, les couleurs, les phrases en gros... Tout "surfe" sur cette tendance à ajouter des paillettes à l'écologie, à simplifier des choses bien complexes et à prendre la vague de la tendance "plus de participation citoyenne" entamé par un mouvement plus jaune que vert... Sincèrement, qui ne signerait pas quand on vous dit que vous allez sauver la planète en attaquant en justice un Etat qui ne fait rien pour la planète ? Et quand des gens aussi cool vous disent qu'il suffit de signer ??

    Alors là, ce n'est que mon petit avis perso qui peut largement se discuter (comme tout le reste hein!) mais l'écologie c'est pas "cool", c'est un mode de vie que l'on doit tous adopter rapidement et c'est un changement de modèle politique et économique à enclencher. C'est apprendre à se passer des choses qui nous ont apporté du confort, du progrès parfois ou même des "économies". C'est interroger des gestes automatiques du quotidien, un rapport à la consommation, à l'argent, au bonheur, au travail et au confort...tout ça, c'est pas cool ! C'est dur pour la plupart d'entre nous et tellement difficile que beaucoup sont loin d'avoir encore un orteil dedans. Alors oui pour expliquer, faciliter, rendre plus accessible, moins difficile mais pas pour recouvrir de paillettes à tout prix.

    Les imprécisions juridiques ou la minute chiante

    J'en viens aux origines de l'article. Autant le paragraphe précédent n'est qu'un avis parmi tant d'autres et je n'espère pas vous convaincre de le suivre, je voulais juste partager un autre ressenti que celui qu'on attend de moi en général... Autant, les approximations (ou parfois les erreurs) ne sont pas "mon avis". Bien sûr, le droit ce n'est pas une science exacte et je n'ai pas (du tout) la science infuse. Mais les mots ont un sens et parfois, des conséquences. 

    Je n'espère pas convaincre de ne pas signer la pétition, ni dire qu'elle n'a pas lieu d'être. Mais pourquoi est-ce qu'on se sent toujours obligé d'en rajouter des tonnes quitte à dire des choses fausses, uniquement pour arriver à un but positif ? Du coup, ça rend très très difficile mon exercice ici : critiquer c'est remettre en cause. C'est le moment où je rentre parfaitement dans la caricature du juriste : oui les mots ont un sens et non on ne peut pas dire n'importe quoi pour atteindre son but. Et oui, le droit c'est compliqué, c'est chiant, mais ce n'est pas impossible à expliquer ! Et oui, c'est peut être plus compliqué de faire le buzz avec un "des ONG ont envoyé un courrier au gouvernement et vont essayer de faire bouger la justice climatique pour avoir au minimum une décision médiatique"...plutôt que "des ONG poursuive l'Etat en justice" ! 

    Alors évacuons déjà quelques erreurs/approximations juridiques qui sont surtout ressorties du côté des médias ou des "influenceurs" (c'est non exhaustif hein!) : 

    - recours juridique : non les ONG n'ont pas fait de recours juridique. Ils ont envoyé une lettre au 1er Ministre (et à 12 membres du gouvernement) en demande préalable indemnitaire. L'objectif, en un mot, est d'obtenir une réponse qui sera alors "attaquée". C'est ce qu'on appelle la liaison du contentieux, il faut une décision, même une "non-décision" c'est à dire le silence de l'administration, pour faire un recours indemnitaire, on ne peut pas aller directement devant le juge. Donc les ONG n'ont pas fait de "recours", ils ont envoyé un courrier, c'est une nuance qui a quand même son importance...

    - attaquer l'Etat, poursuivre l'Etat, etc. : nombre de termes utilisés mélangent largement les juridictions (pénales et administratives) et utilisent des mots qui portent à confusion. Pour faire simple, on ne "poursuit" par l'Etat devant le juge administratif...ni ailleurs puisque l'Etat est une "fiction" qui ne peut pas finir derrière les barreaux. Ni le Président, ni aucun membre du gouvernement ne seront dans la salle d'audience, ce n'est pas eux dont on met en cause la responsabilité mais l'institution fictive de l'Etat. Nuance là encore et grosse déception pour ceux qui veulent faire tomber des têtes...

    - la suite donnée à la lettre envoyée est aussi très peu expliquée dans la com : la réponse attendue devra être considérée comme une décision administrative faisant grief, c'est à dire un acte qui crée des droits et des obligations, sinon la requête sera irrecevable. Et clairement - ce n'est que mon avis - c'est loin d'être gagné que la réponse apportée (ou le silence) sera recevable devant un juge. Je pourrais aussi ajouter que dans les normes soulevées pour contester l'action de l'Etat, il faudra des règles de droit directement applicables ou combinées à d'autres normes que le juge voudra bien mobiliser ( et clairement, le juge administratif, c'est pas le plus écolo qu'on puisse trouver...). Enfin, l'argumentaire principal se base sur des objectifs à atteindre en 2020, ça complique légèrement le travail du juge de condamner avant la date de réalisation des objectifs (même s'ils sont mal partis). Etre responsable de quelque chose qui n'a pas encore eu lieu, c'est pas le plus facile à construire devant une juridiction.

    - une petite aparté Pays-Bas puisque c'est un exemple souvent repris pour dire "ils l'ont fait eux". En effet, il y a eu une décision très novatrice aux Pays-Bas - la décision Urgenda - où le juge a prononcé une injonction envers l'Etat de réduire les émissions CO2 d'au moins 25% d'ici 2020. Je ne vais pas vous faire l'analyse de jurisprudence ici mais je voulais seulement ajouter que prendre des exemples juridiques étrangers est toujours risqué. L'architecture juridique n'est pas la même et il est complexe de transposer entre plusieurs pays. Et au-delà, la décision Urgenda a fonctionné par "poids politique". Le juge n'a pas prononcé de sanctions ni expliquer quelles mesures prendre. Et c'est bien ici que se trouve l'essentiel de ce que je reproche : penser que le juge doit agir en politicien.

    J'ajouterais que le site de l'Affaire du siècle fournit le courrier envoyé et le communiqué de presse, mais le "brief juridique" censé expliquer les fondements juridiques de cette action est toujours "en cours de publication"...comme si ces précisions ne comptaient pas pour signer la pétition...

    Le coeur du problème : la confusion entre le politique et le juridique

    On va terminer par ce qui me chiffonne le plus. Enrober une telle action de toute cette communication et de ces approximations juridiques portent une confusion bien plus dangereuse à court ou long terme : confondre la justice et la politique. C'est déjà quelque chose de très fréquent. Je ne compte plus les gens qui me parlent de "mes copains au parlement", confondant juriste et député. Faire peser la lutte contre le changement climatique sur le juge, c'est le penser comme un politicien. Le choix des actions, les financements, les orientations énergétiques, les interdictions ou la réglementation...tout ça est une affaire de politique ! Si le juge n'est pas armé pour apporter certaines garanties, c'est que le politique ne l'a pas voulu (je généralise, le juge garde un certain "pouvoir" hein...). 

    Et dans le domaine environnemental, c'est encore plus risqué. C'est penser que le juge est capable de dire ce qui doit être fait ou non pour lutter contre le réchauffement climatique. Qu'il doit dire aux "décideurs" (exécutif ou législatif) où est le bon chemin pour faire baisser les émissions de CO2. Il doit décider quoi alors ? D'accélérer la transition énergétique? Donner raison à ceux qui soutiennent le nucléaire, moins émetteur de CO2, contraindre l'Etat à contraindre les entreprises, interdire aux consommateurs (nous) d'acheter de la viande (plus gros émetteur de CO2), etc. Le juge n'est pas un technicien, ce n'est pas un climatologue...ni un décideur. Si j'osais, je dirais que c'est aussi penser que l'Etat français est le seul à même à décider (ou pas) de ce qu'il doit faire...ce qui est loin d'être le cas (et d'ailleurs ça voudrait dire qu'on est tous d'accord sur ce qu'il doit faire...là encore c'est loin d'être le cas). 

    Bref, c'est faire passer une situation extrêmement complexe pour quelque chose qui est entièrement dans les mains d'un juge (paye ta pression !). 

    Il y a évidemment une grande part de tout ça qui n'est que mon avis. Je pense que les "solutions" viennent plus du politique que du juridique, largement sous armé pour ça, mais qu'elles viennent surtout du monde économique et de chacun d'entre nous...une fois qu'on aura accepté de renoncer au système actuel. Mais même en essayant de prendre du recul et d'être plus objective, je ne peux m'empêcher de penser aux conséquences qu'aura une décision du juge : s'il refuse de déclarer l'acte recevable ou s'il est dans l'incapacité d'enjoindre quoique ce soit, que dira la presse ? Et les signataires de la pétition ? Et les climatosceptiques ?

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    Voilà voilà, j'espère ne pas vous avoir perdu ni exaspéré. Et surtout, pas convaincu de ne rien signer. Mais plutôt de lire, vous informer, ne pas vous précipiter et savoir exactement à quoi vous attendre. Et surtout ne pas attendre la décision d'un juge pour changer des choses dans votre vie. Consommer moins, passer au bio, au naturel, moins dépendre des énergies fossiles, orienter votre argent vers des projets verts, aligner votre emploi vers un avenir plus écologique, manger moins de viande, acheter local, diminuer le jetable...c'est moins cool et bien plus long que de remplir une pétition mais ça permet de ne pas attendre pour avancer ♥

    Pour lire un peu plus sur le sujet :

    - le site de l'Affaire du siècle

    - la chronique d'Arnaud Gossement (avocat en droit de l'environnement) ou l'écouter en podcast avec Audrey Pulvar sur France Inter (que je remercie mille fois d'avoir pris la parole sur le sujet et souvent mis les mots sur mes idées brouillons!)

    - et promis, je regarde ce qui s'écrit ailleurs mais je vous assure que c'est pas simple à trouver, quand on met de côté les sites franchement climatosceptiques !

  • Pas de résolutions, pas de révolution

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    Après un temps d'absence ici, en raison d'occupation sur Santa is green, je vous souhaite enfin une très belle année 2019 ! Et j'en profite pour vous remercier pour être toujours présent par ici, pour avoir partager autant de choses en 2018, que vous soyez dans l'ombre ou en commentaires ! 

    Je ne suis pas du tout une fille de janvier. J'ai toujours préféré prendre des résolutions ou faire des bilans en septembre. En janvier, je déprime un peu de la fin des fêtes et du froid qui s'annonce. Janvier pour moi, ça a longtemps été signe de partiels à la fac, puis de recherches de boulots sans trop savoir où était ma place. Aujourd'hui, c'est toujours un peu le bazar dans ma vie professionnelle et du coup, je n'aspire à rien de particuliers. 

    Les résolutions, c'est un peu bancal comme concept. On se met plus de pression pour faire des choses qu'on a pas réussi à faire auparavant. On fait des bilans de ce qui nous manque ou de ce qu'on pourrait améliorer. Mais en fait, on pourrait toujours décider de changer ou d'améliorer les choses. Et ça nous entraîne à voir ce qui ne va pas plutôt que ce qui fonctionne. Même les bilans peuvent être complexes à certaines périodes de la vie. Il est toujours positif de prendre du recul sur son année, de voir ce qu'on a accompli, ce dont on a manqué, etc.

    Mais on peut aussi aspirer à laisser le bilan se faire seul, quand on sera prêt à digérer notre année. Accepter que les choses ne changent pas parce que le numéro de l'année change. Avancer jour après jour, ne pas toujours planifier, prévoir, envisager. Etre un peu plus carpe diem ? 

    Sincèrement, je n'aspire qu'à trouver plus de calme. Le calme qu'on ne retrouve plus dans l'actualité, dans les discussions entre proches ou sur les réseaux sociaux. Le calme qui me manque quand je me compare aux autres ou quand je ne sais toujours pas quoi cocher aux questions fondamentales de la vie. 

    Evidemment, je me souhaite de la réussite, de l'amour, du bonheur et surtout de la santé. Mais en vrai, j'ai déjà la santé et beaucoup d'amour. Donc j'ai déjà du bonheur non ? Le reste n'arrivera pas parce que je l'aurais décidé. Je ne suis pas toujours maître de ma réussite ou de mes échecs. Je fais des choix, j'essaye, je rate, je retente. Peu importe le nombre de résolutions que je ferais, la vie sera toujours plus imaginative que moi.

    Alors en 2019, je souhaite du calme. Des jours sereins pour construire ce que je souhaite. Pour pouvoir me relever quand j'échoue. Pour apprécier ce que j'ai quand on me signale ce que je n'ai pas. Du calme pour partager mes idées et mes envies. Même quand on les attaque ou qu'on ne les comprends pas. Du calme pour trouver comment parler d'écologie dans un monde où tout va si vite qu'on ne s'interroge plus sur rien. Du calme pour comprendre plutôt que juger. Du calme en moi quand tout bouillonne dehors et que je ne comprends plus les gens. Du calme pour répondre aux jugements hâtifs et aux incompréhensions d'un monde où il faut avoir réussi en surface quitte à être malheureux au fond. Du calme pour apprécier les choses simples que j'adore dans ma vie. 

    En 2019, le monde bouillonne et moi, je veux du calme. Pas de résolution, encore moi de révolution. Juste du calme.