Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Sorcières et plus si affinités

    Pin it! Imprimer

     

    9782355221224.jpg

    Quelques jours après avoir terminé Sorcières de Mona Chollet, je n'arrive toujours pas à décrire mon avis simplement (enfin si, ne t'enfuis pas tout de suite).

    Je l'ai commandé dès que j'ai écouté l'interview de l'auteure dans le podcast de La poudre. Je la connaissais uniquement comme journaliste au Monde diplomatique mais j'ai adoré l'écouter parler du statut de la femme et du rapport avec l'histoire des sorcières.

    Je ne suis pas vraiment quelqu'un de très "spirituel", dans le sens où je ne suis pas vraiment sensible à tout ce qui se développe aujourd'hui autour du "sacré", des astres ou de l'influence de la lune. J'aime lire certaines choses dessus mais ce n'est vraiment pas mes lectures habituelles. 

    Mais les sorcières, c'est un peu à part. Déjà parce qu'elles m'ont toujours fascinées plus jeune mais surtout car je ne les résume pas à un mouvement mystique ou imaginaire. C'est une partie de notre Histoire dont dérive aujourd'hui de nombreuses choses : les propriétés des plantes, une certaine forme de médecine, etc.

    Pourtant, je n'ai jamais rien lu de très précis sur cette partie de l'histoire, sur le statut des sorcières, qui elles étaient et pourquoi elles ont été poursuivies. Dans son interview, elle casse déjà certains mythes qui m'ont intéressés : la chasse aux sorcières, ce n'est pas vraiment un mouvement du Moyen-âge ni un cruauté initiée uniquement par l'Eglise catholique. 

    Mais j'ai surtout été fascinée par son résumé sur l'impact de ce pan de notre Histoire si sombre et pourtant complètement oubliée sur la place de la femme aujourd'hui. En quelques mots, elle explique que la sorcière était avant tout poursuivie pour son symbole de femme libre, sans enfant, indépendante... Une femme qui finalement ne correspondait pas au statut de la femme que l'époque cherchait à mettre en place : une femme soumise, à son père ou à son mari, faite pour enfanter et qui, à un certain âge, devait se retirer de la société. 

    En bref, quelques minutes de ses paroles m'ont convaincue à en lire davantage et la lecture promettait d'être enrichissante sur cette histoire dont on ne parle jamais...

    Evidemment, il s'agit de mon avis, par définition personnel. Et comme pour tout, si vous avez un doute, il vous suffit de lire son livre ^^

    En un mot...

    Pour ceux qui n'ont pas envie de se farcir mon article, je vous livre mon avis principal. Si vous avez envie de lire un essai sur la place de la femme aujourd'hui (en Occident), sur le poids de la société patriarcale et sur des automatismes de réflexions qu'on ignore même en se disant "féministe" : foncez ! Je nuancerais un peu mon propos en suivant mais il reste très intéressant pour déconstruire certaines images de la femme, de son rôle, sa place et sa relation à l'âge ou à la maternité. 

    Mais si vous voulez lire sur l'histoire des sorcières, leurs procès, leurs identités...vous risquez d'être déçus ! Même le lien entre chasse aux sorcières et statut de la femme aujourd'hui est relativement rapide. L'introduction reste, à mon sens, la partie la plus instructive sur cet aspect (et mérite amplement l'achat du livre).

    L'histoire des sorcières...trop rare

    C'est bien là ma déception. Et ça m'embête beaucoup parce que globalement j'ai beaucoup apprécié le livre. Mais il faut beaucoup de recul pour apprécier un livre pour autre chose que ce à quoi on s'attend. C'est comme acheter un livre pour son histoire d'amour et se retrouver avec un thriller. Si le thriller est bon, vous apprécierez sans doute, mais il faudra d'abord aller au-delà de la déception et du sentiment de "publicité mensongère".

    L'introduction mise à part, les références historiques sont relativement éparses dans le livre. Et la plupart du temps, elle se résume à des références cinématographiques. Au fil des pages, les références sont très (trop?) présentes et il y a rarement un chapitre sans description d'un film. Si je comprends le lien entre le cinéma, la représentation erronée de la sorcière qu'il retranscrit et le statut de la femme aujourd'hui...ça ne me semble pas indispensable d'en mettre autant tout au long du livre.

    Ce sentiment ne semble pas vraiment partagé quand je lis les avis du livre. Alors il est sans doute purement personnel, je suis toujours en quête d'informations historiques, de liens, de descriptions que je ne connais pas et parfois, ça me rend un peu trop exigeante... Mais clairement, j'ai trouvé le titre et le résumé un peu trop alléchant par rapport à ses propos. Elle pose sa "thèse" de l'impact du statut de la sorcière sans réellement expliquer comment elle arrive à cette proposition. 

    Le résultat est que pour moi, Sorcières est un essai féministe - très intéressant - et non un livre sur les sorcières. C'est comme si elle avait sauté l'argumentation pour développer uniquement sa conclusion sur le statut des femmes aujourd'hui.

    Le statut de la femme aujourd'hui...très personnel

    Pour le coup, si vous voulez déconstruire certains mythes, réfléchir aux mécanismes inconscients de la soumission des femmes, il vous plaira. Par le prisme des trois femmes - indépendant, sans enfant et âgée - elle aborde a peu près toutes les constructions qui font que, siècles après siècles, l'homme a modelé l'image de la femme pour qu'elle soit moins effrayante...et plus contrôlable.

    J'ajouterais que c'est un livre que je ferais lire en priorités à toutes ces femmes qui trouvent le féminisme, un peu "trop", qui prône leur consentement aux rôles que les féministes remettent en question sans jamais s'interroger sur l'origine de celui-ci. Les questions flirtent avec la philosophie mais à partir de quand est-ce qu'on décide en pleine conscience de s'occuper de sa famille, de faire des enfants, de se teindre les cheveux blancs ou de ne pas exprimer leur colère...sans que cela reflète des siècles de construction qui nous amène à penser ces choix comme les nôtres ? 

    Bref, pour toutes ces raisons, c'est un essai passionnant sur le statut de la femme et toutes ces choses insidieuses, presque invisibles, qui guident nos choix aujourd'hui sans que l'on s'en rende compte.

    J'apporterais un bémol à ces propos, non pas en forme de critique du fond mais plutôt du style (mais ça vient peut être de la forme de l'essai dont les contours m'échappent encore). J'ai été gênée à plusieurs reprises par ses propos très focalisés sur sa propre vie, ses propres choix. Notamment dans le chapitre sur la maternité. Alors évidemment, vous me direz, j'ai une fille, je ne partage évidemment pas son choix de ne pas avoir d'enfant. Mais j'ai beaucoup réfléchi à la question et j'adore que des voix s'élèvent pour dire que la maternité n'est pas ni obligation ni un moyen d'accomplissement de la femme qui lui manquerait si elle ne voulait/pouvait pas enfanter. Je trouve justement que ses propos à ce sujet manque de nuances, de mise en perspective et sont un peu parasités par sa propre envie de ne pas en avoir. Pour moi, ça véhicule tout autant une image très masculine de la maternité, qui, si elle se réalise, bouleverse le statut de la femme au point qu'elle se dévoue entièrement à ça et qu'elle souffre le martyre si elle n'y arrive pas biologiquement. C'est un sujet bien trop complexe pour l'aborder ici en quelques lignes mais j'ai trouvé dommage de ne pas nuancé ce qu'elle estime être une vérité pour elle.

    Certains passages sont bien plus "construits" dans le sens où elle utilise ses propres expériences pour démontrer l'impact de ces siècles de façonnage de ce que doit être une femme...exacerbé depuis la chasse aux sorcières.

    En conclusion, 

    J'ai pris énormément de plaisir à lire ce livre...jusqu'à sa moitié. Après, il m'a fallu dépasser ma déception d'en apprendre plus sur les films que sur les sorcières. Ca reste toujours un moment désagréable de devoir passer au-delà de ce que l'on voulait y trouver pour apprécier le reste.

    Petite déception néanmoins, puisqu'ayant adoré son style d'écriture, j'ai filé acheter Beauté Fatale, auquel je saurais davantage à quoi m'attendre (quoique?). J'ai eu de vrais coup de coeur pour certaines thématiques qu'elle développe et qu'on lit que trop rarement. C'est le cas de son dernier chapitre et de l'image de la femme "stupide" face aux questions sérieuses du monde, peu importe son niveau d'éducation et son expérience. Ou encore, de la thématique de la vieillesse, de la sexualité passée à la quarantaine (oui, si tu ne le savais pas, après on est périmé logiquement), bref, autant de thèmes que j'aimerais qu'elle développe à l'avenir !

    Et vous, votre avis ?