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Juriste & écolo

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Source : Flow magazine. Il n'y a pas de citation qui fait plus écho en moi

 

Vaste sujet que j'avais envie de partager avec vous aujourd'hui ! Attention, c'est long ;)

On me questionne souvent sur mon travail, sur comment je concilie le droit et mes convictions écologiques, ce que je veux faire plus tard, etc. Je vais tenter d'expliquer un peu tout ça et surtout ma vision de "juriste" face à mes convictions.

J'ai commencé mes études de droit avant de m'intéresser autant à l'environnement et je suis entrée en thèse de doctorat sans être particulièrement engagée dans l'écologie. Je me suis toujours intéressée à certaines problématiques mais rien d'aussi réfléchi qu'aujourd'hui. Je n'ai donc jamais pensé à faire du droit de l'environnement, ni eu particulièrement l'envie. J'ai eu un cours de droit de l'environnement en Master 1 et la complexité de la matière ne m'a pas laissé un souvenir merveilleux ;)

J'ai donc fait un doctorat en droit public sur des questions relatives au droit de la propriété publique, à mille lieux de l'écologie. Mais j'ai toujours adoré ce que je faisais et même en commençant à être plus impliquée dans l'écologie, je scindais parfaitement mon travail et mes convictions.

Et puis petit à petit, j'ai commencé à m'intéresser de plus près à l'environnement et donc à la réglementation ou aux problèmes juridiques qui y sont attachés.

La naissance de ma fille a clairement marqué un tournant dans ma démarche et j'occupais beaucoup de mon temps libre à m'intéresser à des questions juridiques, politiques ou économiques...qui ne touchaient pas mon sujet de thèse ! Mais mon avenir professionnel était plutôt orienté vers des postes de juristes d'entreprise ou vers l'enseignement à l'Université. L'écologie pour moi, c'était mes convictions, mon loisir, mon blog, mon centre d'intérêt principal, mais pas mon travail. J'avoue qu'étant en thèse, l'avenir professionnel me semblait toujours loin et flou. Je n'ai jamais été pressé de quitter le monde des études qui me semblait toujours plus stimulant que celui de la vie active.

L'année dernière, soit quelques mois avant la fin de ma thèse, on m'a proposé un contrat post-doctoral conjointement entre mon Université et une grande entreprise de distribution d'énergie. C'est un contrat d'un an en général, spécifique aux docteurs (ceux qui ont eu un doctorat, pas ceux qui soignent ;) et qui permet de travailler sur un sujet particulier pour une entreprise. En gros, de grandes questions qui intéressent une entreprise mais qui n'a pas le temps (ou l'argent) de la faire traiter en interne. C'est comme une grande consultation juridique pour une entreprise.

Bref, ce contrat était le bienvenu, il me permettait de vivre financièrement après mon doctorat (7ans, tu peux calculer mon gouffre à la banque!) mais SURTOUT, le sujet qu'on me proposait n'était pas du tout sur mon thème de thèse mais plus proche de mes convictions : l'économie circulaire ! Il se trouve que peu de temps avant, je m'étais intéressée au courant "cradle to cradle" ou à celle du zéro déchet. Et l'économie circulaire regroupe un peu tout ça pour créer un nouveau modèle économique plus respectueux de l'environnement et permet de résoudre le problème de l'épuisement des ressources naturelles.

Après 7 ans de thèse, j'ai eu l'occasion de réfléchir à mon avenir professionnel et même de refuser plusieurs offres d'emploi. Une de mes craintes principales est de devoir déménager à Paris car venant du sud-ouest, le choc est grand pour moi et maintenant pour ma famille. Petit à petit, je me suis posée certaines questions : qu'est-ce que je me vois faire chaque jour, pour quel type de travail j'accepterais d'aller à Paris, à quoi je veux utiliser mes compétences...

Logiquement, j'en suis venue à la conclusion suivante : si j'aime toujours autant le domaine juridique, le doctorat m'a quand même beaucoup éprouvé et je veux étudier toutes les possibilités futures avec attention. Et après quelques mois de post-doctorat sur l'économie circulaire, je peux sans problème avouer que je me passionne 10 fois plus pour ce travail que pour l'ensemble de mon sujet de thèse. J'ai certaines compétences juridiques et j'en suis ravie. Je n'ai pas envie de changer de voie ou de faire autre chose. Mais je sais maintenant que je veux utiliser mes compétences pour travailler sur mes convictions.

Petite aparté droit et écologie : quand on me pose la question du lien entre mon travail de juriste et mes convictions écologiques, c'est souvent sur un air "comment tu fais pour concilier", comme si le droit ne pouvait servir cette thématique. Je sais que beaucoup de personnes ont une idée vague de ce qu'est le droit et le rapproche souvent de la sphère politique. On reproche alors beaucoup de choses aux juristes qui appartiennent en réalité aux politiques (les nouvelles lois, les règles complexes ou "injustes"). Pour moi, le droit est un outil qui sert à organiser la vie en société. Il est parfois bon, parfois injuste. Mais il est alors intéressant de trouver comment cet outil peut servir des causes auxquelles on croit (l'écologie mais aussi la justice sociale, la compétitivité économique, l'amélioration de la condition des femmes, etc...).

Je vis donc très bien de faire du droit ET de m'intéresser à l'écologie !

L'avenir. Je ne sais pas encore ce que je ferais après mon post-doctorat (qui se termine en octobre prochain) ni où je serais. Mais je sais que je ferais tout pour être passionnée dans ce que j'entreprends, pour aider à faire avancer des idées auxquelles je crois et pour être fière d'expliquer à ma fille mon travail. Je ne dénigre pas du tout ceux qui travaillent dans des postes plus classiques ou même ceux qui envisagent leur travail comme une simple source de revenu. Chaque histoire est différente.

Mais pour ma part, après plus de 10 ans d'études, après avoir sacrifié autant de temps et d'énergie pour faire ce que je fais, je n'arriverais pas à avoir un job uniquement alimentaire. J'aurais l'impression de renier tout ce que j'ai sacrifié et en 7 ans de thèse, la liste est longue. J'ai passé beaucoup plus de temps devant mon ordinateur qu'avec ma famille. Je n'ai plus eu le temps de faire du sport, de cultiver certaines passions et j'ai sans doute délaissé certains amis. Je ne regrette absolument pas mon choix d'étude. Une thèse c'est un dépassement de soi et une expérience extraordinaire dans un cursus universitaire. Mais je sais maintenant que je ne pourrais plus retrouver ce rythme d'investissement, sauf à être en accord avec mes principes.

J'ai décidé que la meilleure façon d'utiliser mes compétences et de m'épanouir dans la vie était de les lier avec mes convictions. Pour ma part, je trouve qu'on passe trop de temps au travail pour ne pas être fier de ce qu'on fait. Je ne cherche pas à sauver la planète mais juste à pouvoir répondre en toute honnêteté à ma fille quand plus tard, elle me demandera pourquoi on habite à Paris ou pourquoi je rentre tard du travail.

Je n'ai aucun conseil particulier à vous donner, simplement de vous questionner sur l'utilité que vous accordez au travail et sur vos priorités dans la vie. Certaines trouveront nécessaire d'arrêter de travailler pour profiter de ses enfants ou de réduire son temps de travail, d'autres de s'épanouir dans un travail passionnant ou encore de devenir entrepreneur. Tout est une question d'équilibre et c'est relativement propre à chacun ♡

En tout cas, je serais ravie d'avoir votre avis sur le sujet !

 

 

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